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Henri Trouillard – Autrefois n°1


Henri Trouillard, Autrefois n°1, 1934



D’origine lavalloise, Henri Trouillard (1892-1972) a vécu une enfance plutôt pauvre et malheureuse. Engagé volontaire en Afrique du Nord pendant la Guerre de 14-18, il entreprit ensuite un tour de France, au cours duquel il mena une vie d’errance souvent en proie à la misère et à la faim. D’ébéniste à brocanteur, Henri Trouillard exerça de nombreux métiers, tout en montrant un intérêt très affirmé pour la lecture et l’histoire des origines de l’homme. Il se passionnait ainsi pour les recherches archéologiques mayennaises, et nourrissait son goût pour la Préhistoire dans des revues de vulgarisation scientifique.

L’inspiration allégorique parfois complexe et mystérieuse caractérise son œuvre. Ce tableau intitulé Autrefois n°1 répond à une seconde toile complémentaire : Autrefois n°2. Celles-ci évoquent l’évolution des espèces animales et végétales jusqu’à nos jours. On retrouve dans chaque composition, le même médaillon formé par l’Ouroboros tricolore qui rappelle la sphère solaire, l’œuf, le mythe de la création. Autrefois n°1 met en parallèle un paysage fluvial d’où surgissent de grandes plantes exotiques et où s’affrontent des animaux préhistoriques, un paysage bucolique et paisible, proche de nous dans le temps et dans l’espace puisqu’il s’agit de la campagne mayennaise (allée couverte de la Contrie à Ernée, Vieux-Château de Laval…).


Henri Trouillard, Autrefois n°2, 1956


Alors que le peintre se contraint au réalisme et à la minutie dans ses représentations de paysages exotiques et de scènes préhistoriques, ses œuvres allégoriques sont teintées d’un surréalisme plus ou moins conscient.

L’œuvre Winston Churchill en Dieu Mars  mêle références historiques et dimension allégorique. De taille moyenne (70 cm de côté pour 90 cm de long), elle présente quatre personnages rassemblés dans une pièce. Si le personnage du britannique Churchill, homme fort de la Seconde Guerre Mondiale, revêt une évidente dimension guerrière, et par sa position centrale et avancée constitue l’élément principal du tableau, l’identité des personnages du second plan reste mystérieuse. Au centre, l’homme émergeant d’une fleur de pétales rouges, par ses attributs (perruque blanche qui lui couvre les tempes, chemise à jabot, costume), évoque l’époque de la Révolution française de 1789 ; avec les pétales, l’ensemble constitue une sorte de cocarde tricolore, symbole républicain. A droite, la femme assise incarne une figure de paix et d’innocence, symbolisées par le bleu de sa robe, et les animaux qui l’entourent (la colombe et le rameau d’olivier, l’oie…).

Si le tableau renvoie à un évènement précis de la Seconde guerre mondiale, nous ignorons lequel. Les nombreux détails allégoriques (Churchill casqué, le loup et l’agneau, le coq et la colombe…) évoquent clairement le thème de la guerre et de la paix, mais une partie de sa signification -notamment la mise en relation exacte des personnages entre eux- demeure énigmatique.

Pourtant engagé volontaire pendant la première guerre mondiale, Henri Trouillard n’en est pas moins un pacifiste convaincu. Stigmatisé et perçu toute sa vie comme un marginal, il se méfie des corps organisés de la société comme l’armée, l’Église, ou encore la Justice, qu’il dénonce régulièrement dans ses œuvres allégoriques.

Henri Trouillard, Winston Churchill en dieu Mars


Autres œuvres de l’artiste à découvrir au MANAS :

Henri Trouillard, Le vieux Laval, 20e siècle

Henri Trouillard, Portrait de madame Trouillard, 20e siècle
Henri Trouillard, Bateau en mer n°1, 20e siècle
Henri Trouillard, Bateau en mer n°2, 20e siècle
Henri Trouillard, Le yéti, 20e siècle
Henri Trouillard, La Mayenne à l’heure du bain, 20e siècle