• Accueil
  • |
  • La collection Naïfs et Singuliers
  • |

La collection Naïfs et Singuliers


Mari-Rose Lortet (1945), Paroles de parchemin


Lortet Marie-Rose, Paroles de parchemin

Marie-Rose Lortet a passé son enfance et fait ses études à Strasbourg où elle est née en 1945. Les jeunes années de Marie-Rose Lortet sont marquées par les tricotages de sa mère et de sa grand-mère.

« Une de mes grands-mères m’enseignait le tricot, l’autre le canevas, une tante m’initiait aux jours brodés, une autre au crochet. »

Pendant toute son enfance, elle construit des objets avec des matériaux hétéroclites. Dans les années soixante, elle travaille dans un atelier de couture à Paris et réalise des couvertures «brodées » pour la presse et l’édition. À l’âge de vingt-deux ans, elle déménage en Normandie où elle demeure aujourd’hui encore. Elle y épouse Jacques Lortet artiste sculpteur qui travaille la matière brute : buissons touffus, véritables entrelacs ligneux découpés à la scie sauteuse puis assemblés par de petits fils de métal. Ils exposèrent régulièrement ensemble, proposant un dialogue nourri entre leurs travaux.

Lorsqu’elle rencontre Jean Dubuffet, à l’âge de 24 ans, le maître perçoit d’emblée la force et l’originalité de son travail et décide de lui acheter quelques pièces.

En 1978 elle commence à construire des œuvres en trois dimensions, avec une technique de fils rigidifiés. Les premières œuvres de l’artiste privilégient la pureté du blanc. La polychromie apparaît ensuite dans des œuvres de grand format, plus abstraites.

Aujourd’hui, le travail de Marie-Rose Lortet bénéficie d’une véritable reconnaissance. Artiste prolifique, Marie-Rose Lortet a conté ses rêves « fantasques et méthodiques » au fil d’un peu plus de 600 œuvres et présenté ses créations dans de très nombreuses expositions.


« Tout peut être tissé ! Peu importe le matériel, un nid d’oiseau, c’est la poésie magistrale du tissage et de la récupération. Chanvre, plastique, épluchure, fil électrique, papiers de chocolat, fil de fer des bouchons de champagne, pour Marie-Rose Lortet, tout est le résultat d’un long procédé de fermentation créative où toute chose, à un moment ou à un autre, ressurgira, et sera utilisée. »

Aurélien Lortet, fils de Marie-Rose Lortet

Autre œuvre de l’artiste à découvrir au MANAS :

Lortet Marie-Rose, Masque à l’écoute

François Monchatre, Bibliothèque HBN


Monchatre, Bibliothèque HBN, 2013

François Montchâtre entre dès l’âge de 17 ans à l’école des métiers d’art à Paris (section vitrail). A la suite de cette formation, il exerce divers petits métiers (marionnettiste, garçon d’ascenseur, étalagiste…). C’est surtout cette école de la vie qui lui aiguise un regard lucide sur la société, et que l’on retrouve dans ses oeuvres. En 1959 il décide de se consacrer pleinement à la peinture après plusieurs années de pratique. Ses compositions hautes en couleurs se revendiquent alors d’un Art Naïf teinté de Surréalisme.

A partir des années 70, l’artiste entreprend ce qu’il appelle sa « grande révolution » et abandonne la couleur au profit d’une peinture monochrome et du noir et blanc. C’est également à compter de cette période qu’il réalise ses premières sculptures baptisées OPNI (Objets Peints Non Identifiés).

Il élabore également une série de machines à rêver, en utilisant du bois, du plomb et des miroirs, singuliers dispositifs aux rouages poétiques et totalement inutiles, reflet des mécanismes qu’il admire depuis son enfance où il s’ingéniait à bricoler.

Monchâtre tire son inspiration aussi bien de son enfance que des différents métiers qu’il a pu exercer. Des expériences de sa vie d’adulte, il fait naître des oeuvres absurdes et grinçantes dans lesquelles il met en scène ses Crétins : des personnages stéréotypés, toujours de profil, aux membre raides, aux traits durs et anguleux, portant costume et cravate. Ainsi visualise-t-il l’homme moderne, que ce soit l’employé pressé et stressé, qui passe sa vie à obéir en oubliant de rêver, ou le « petit chef », insignifiant et tyrannique.

« Bibliothèque HBN »

Dans son oeuvre, mais aussi dans sa vie, les livres ont toujours eu une place privilégiée. Les bibliothèques, temples de culture et de savoir mais aussi lieu de flânerie de l’imaginaire où l’errance est recommandée, sont ses adresses pour s’adonner à la songerie. Mais dans cette œuvre, Monchâtre met en scène ses crétins, qui semblent, eux, indifférents à ce savoir.

Il s’agit d’une immense bibliothèque où les livres et les savoirs s’empilent quasiment à l’infini. L’artiste a pris soin d’écrire de nombreux noms d’écrivains, d’artistes ou d’historiens. Nombre de ces livres sont associés à l’univers des Naïfs (Bauchant, Vivin, Séraphine). Les livres sont rangés les uns à côtés des autres comme d’autres produits de consommation courante à l’instar des supermarchés. Ainsi la connaissance, l’intelligence même n’est plus qu’une marchandise. Toutefois, le respect de l’artiste envers le savoir est perceptible : les fondations du bâtiment sont réalisées à partir de l’ouvrage L’Encyclopédie. Il est par ailleurs, à noter que cet ouvrage a profondément mTarqué l’artiste. Les visiteurs de la bibliothèque, eux aussi incarnés par des « Crétins » ne semblent pas émus par le poids de ce savoir et ne semblent pas intéressés par les livres portant sur des hommes célèbres ou écrits par de prestigieux auteurs. Attablés à leur table de lecture, ils ne sont passionnés que par des journaux, symboles de l’immédiateté et de l’information express alors que les livres eux sont le symbole d’un savoir long.



Autre œuvre de l’artiste à découvrir au MANAS :




Monchatre François, Veuillez répondre à toutes nos questions



Daniel-Yves Collet (1923-2006), Portrait d’Henri Rousseau


Daniel-Yves Collet, Portrait d’Henri Rousseau, 1999

Daniel-Yves Collet est un artiste autodidacte singulier, né en 1923 à Vitré (Ille-et-Vilaine), et décédé en 2006 à Serra di Ferro (Corse).

Ce n’est que lors de son départ à la retraite au début des années 80 que, définitivement installé dans le village de Serra di Ferro, il réalise ses premières séries de dessins en noir et blanc à partir de 1991. La recette graphique de Daniel-Yves Collet sera la même jusqu’à sa mort : muni d’un stylo ou plume à encre noire et de son oeil de photographe aiguisé, il occupe toute la surface d’un papier blanc à grain fin d’un format systématiquement identique de 65×50 cm. De 1991 à sa disparition en 2006, cet érudit, autodidacte solitaire, va minutieusement constituer une fascinante encyclopédie qui lui est propre dans laquelle il immortalise les œuvres majeures des artistes ou intellectuels dont il se nourrit. Il travaille également le dessin de satire politique et sociétale entre ses séries. Engagé, cet artiste dessine également entre deux séries sur d’autres thématiques, notamment écologique et politique.

Dans l’oeuvre Henri Rousseau, Daniel-Yves Collet livre un hommage à l’un des peintres autodidactes majeurs de la création naïve.

Artiste originaire de Laval, Henri Rousseau est portraité au centre du dessin, assis, tenant palette et pinceau. La figure de l’artiste lie tout d’abord, dans la partie basse du dessin, deux de ses œuvres. A gauche, un tableau iconique intitulée « Le rêve » (1910), (actuellement conservée au MoMa de New York), dont Daniel-Yves Collet reprend les moindres détails (personnages, animaux, plantes). Cette reproduction, d’une des œuvres appartenant à sa célèbre série de jungles, pourrait être presque celle d’une gravure d’après original. A sa droite, se trouve « L’heureux quatuor » (actuellement conservée à la Fondation Beyeler de Bâle en Suisse). Dans la partie haute est représentée « La Guerre » (1894, Collection du Musée d’Orsay, Paris), œuvre témoignant, plus de vingt ans après du conflit franco-prussien de 1870.


Autres œuvres de l’artiste :

Collet Daniel-Yves, Ivan Généralic, 2000

Collet Daniel-Yves Dom Robert, 1999

Collet Daniel-Yves, Clovis Trouille, 2001

Cheval Auguste, Christ aux outrages


Cheval Auguste, Christ aux outrages, 20e

Auguste Cheval est un artiste méconnu du XXème siècle. Il est né à Glénac, dans le Morbihan, où il passa une enfance heureuse, élevé par sa mère qui lui transmit sa foi profonde et son amour de la beauté et de la poésie.

La vocation artistique de Cheval n’apparut que tardivement. Totalement empreinte du mysticisme de son enfance, chacune de ses œuvres dit quelque chose de la foi de l’artiste, de ses méditations, de ses prières.

Cheval n’a reçu aucune formation artistique ; sa première œuvre, un Christ au Golgotha, il la peignit avec ses doigts, pris par une inspiration soudaine. Il travaillait avec ce qu’il avait à sa disposition, généralement des matériaux très humbles, comme ici pour Le Christ aux outrages, une huile sur bois. Il ne cherchait aucun honneur ni reconnaissance ; c’est Jean-Pierre Bouvet, conservateur du Musée de Laval entre 1965 et 1976, qui le découvrit, et à la grande surprise de l’artiste, qui acquit une de ses œuvres pour le musée d’Art naïf, l’encourageant à continuer son travail bouleversant.


Eve Jean (1900-1968), Portrait de Maximilien Gauthier


Eve Jean, Portrait de Maximilien Gauthier, 1939

Le portrait est un genre assez rare chez les Naïfs. Il s’agit d’un genre exigeant, puisqu’il suppose une approche respectueuse du réel, et lance le défi de l’identification. Les Naïfs relèvent ce défi avec un succès inattendu, et vont même plus loin que la recherche de la conformité physique : par leur portrait, ils veulent donner à connaître une personnalité, une âme. C’est pourquoi ils privilégient une approche psychologique, et choisissent avec soin les éléments composant le décor du portrait, chacun d’eux disant quelque chose de l’univers du modèle.


C’est le cas dans l’œuvre Portrait de Maximilien Gauthier, de Jean Eve. L’artiste a en effet bien connu Maximilien Gauthier, critique d’art qui a soutenu de nombreux artistes naïfs, notamment Jean Eve. L’artiste marque ici sa reconnaissance, en réalisant ce portrait minutieusement détaillé. L’attitude concentrée et studieuse, l’environnement où le livre est omniprésent, tout témoigne de l’admiration que pouvait éprouver Jean Eve pour la culture de son modèle.


Eve Jean, Le printemps à Giverny, 20e siècle

Lagru Dominique (1873-1960), Avant l’homme


Lagru Dominique, Avant l’homme, 1949

Dominique Lagru est né en 1873 à Perrecy-les-Forges, en Saône-et-Loire. Il perdit ses parents très jeune, ce qui l’obligea à travailler alors qu’il n’était encore qu’un enfant : à douze ans, il était berger, puis enchaîna les métiers jusqu’à l’âge adulte, de mineur de fond à staffeur.

Les années 1900 furent difficiles. Dominique Lagru perdit sa femme et ses trois filles les unes après les autres, et vécut une longue période de chômage. C’est durant ces épreuves qu’il commença à pratiquer l’art, se risquant tout d’abord à l’écriture. L’expérience de la pauvreté, voire de la misère, l’amena à une révolte quasi-permanente ; il s’engagea dans des luttes syndicales et politiques, luttant constamment contre les injustices sociales. La peinture apparut dans sa vie tardivement, alors qu’il était âgé de soixante-quinze ans ; il est l’auteur d’une œuvre abondante, qui fut exposée à de nombreuses reprises dès 1951.

Lagru était un homme passionné d’histoire et de philosophie. Fasciné par la question de l’origine de l’homme, il veut dans sa peinture représenter le résultat de ses méditations. Il peint toujours à plat, et seul, cultivant un isolement extrême, n’allant jamais à aucune exposition de peur que son travail soit influencé par l’œuvre d’un autre artiste. Il livre des oeuvres très raffinées, dont le trait sûr, le dessin délicat et les couleurs précieuses évoquent une écriture japonisante.

Dans Avant l’homme, les couleurs perturbent le regard, intégrant les animaux dans les détails de la nature. Les créatures, sujets principaux de l’œuvre, à la fois cachées et omniprésentes, sont les figures des mystères indomptables de la nature.


Lagru Dominique, Sacrifice humain, 1951


Lackovic Ivan (1932-2004), La Cueillette


Lackovic Ivan, La Cueillette, 1967

Né en 1932 à Batinska, Ivan Lackovic a grandi dans la campagne croate. Ouvrier agricole, il réalisa ses premiers tableaux en 1954. Devenu par la suite agent des postes, il croquait lors de ses tournées les paysages ruraux qui l’intéressaient, et transformait ses croquis en tableaux le soir. Il se consacra entièrement à la peinture dès 1968. Lackovic compte à son actif plus d’une centaine d’expositions personnelles à travers le monde, qui l’ont établi comme l’un des maîtres de la peinture naïve d’Europe de l’Est.

Lackovic, l’un des grands noms de l’Art Naïf croate, était le peintre des campagnes idylliques. Par dessus tout, il aimait peindre des paysages hivernaux car, expliquait-il, c’est pendant l’hiver, en apparence saison de la mort, que se préparent tous les germes du renouveau, de la renaissance, promesses de lendemains meilleurs.

C’est le cas dans le paysage de fin d’hiver de La Cueillette, où déjà bourgeonnent quelques fleurs, et où des hirondelles enchantent les cieux par leur vol de parade. La femme, au centre de l’oeuvre, marche pieds nus et dévisage le visiteur : ses habits de couleurs vives contrastent fortement avec le paysage grisâtre.


Le Guern Lucien (1914-1981) , Le Christ-Roi


Le Guern Lucien, Le Christ Roi, vers 1975

Lucien Le Guern est né en 1914, au Mans. Il fut atteint de surdité alors qu’il était jeune enfant, à la suite d’une méningite. Son père l’encouragea dès lors à exploiter son intérêt pour la peinture. Après avoir voyagé et participé plusieurs années au Salon d’Automne à Paris, il entra comme frère convers, en 1953, au sein de la province dominicaine de Lyon. Devenu Frère Louis-Gabriel, il s’installa en 1960 dans le couvent de La Tourette, construit par le Corbusier près de Lyon. Il se consacra alors davantage à sa peinture, et organisa même une exposition permanente intitulée « Musée de Dieu ». C’est surtout vers 65 ans qu’il fit de la peinture son activité essentielle.

A part quelques portraits, paysages et tableaux sur l’occupation allemande au Mans, la grande majorité des oeuvres de Lucien Le Guern est d’inspiration biblique. A la fin de sa vie, se sentant investi de la mission d’annoncer à ses frères la fin prochaine du monde, il s’attacha à illustrer les visions décrites dans l’Apocalypse selon Saint Jean, le dernier livre de la Bible, qui annonce le retour du Christ et le Jugement dernier. Ses oeuvres prirent alors des dimensions de plus en plus monumentales.

L’huile sur contreplaqué Le Christ Roi fait partie d’un ensemble de quatre oeuvres acquises par la Ville de Laval en 1984, qui illustrent chacune un épisode de l’Apocalypse. L’œuvre représente le retour en gloire du Christ, à la fin des temps, et sa victoire sur la Bête et ses alliés. La composition est volontairement complexe : personnages, plans et symboles se superposent, se bousculant confusément.

Le tableau est construit selon un plan axial, opposant systématiquement les forces du Bien et du Mal, les dynamiques de la chute et de l’élévation, les mondes terrestres et célestes. En bas à droite se trouve Saint Jean, qui a reçu les visions prophétiques et les a écrites dans son Apocalypse. A gauche, les flammes de la géhenne attirent la Bête, les armées des rois sont tombées à terre, Babylone est détruite ; à droite, dans un mouvement inverse, les chants des anges s’élèvent vers les cieux, où se trouve la Jérusalem céleste.

Autre œuvre de l’artiste à découvrir au MANAS :

Le Guern Lucien, Résurrection, 20e siècle

Ghizzardi Pietro (1906-1986), Autoportrait


Ghizzardi Pietro, Autoportrait, 1965

Pietro Ghizzardi est l’un des artistes emblématiques de l’art hors-norme italien. Il est né en 1906, à Mantoue, en Italie, dans une famille de modestes paysans. Il connut une vie difficile : il perdit son père jeune, et dut vivre seul avec une mère qui exerça sur lui une influence malsaine, et un frère qui se plaisait à ridiculiser et contrarier chacune de ses inspirations artistiques. Il n’a exercé que des métiers très modestes qui lui permettaient tout juste de subsister, balayeur des rues, domestique, ouvrier agricole.

Ghizzardi commença a créer à trente-six ans, du dessin tout d’abord, puis dix ans plus tard, s’initia à la peinture. Trop pauvre pour acheter des toiles, il peignait sur du carton ondulé qu’il trouvait dans une usine voisine, et fabriquait lui-même ses couleurs à base de suie de cheminée, de plantes et de minéraux. Lorsqu’il n’arrivait pas à se procurer de nouveaux cartons, il peignait sur la seconde face d’œuvres plus anciennes.

S’il a abordé plusieurs thèmes, c’est surtout le portrait qui domine dans son œuvre, avec une obsession pour la femme, femme-mère, femme-épouse, qu’il peint d’un trait fiévreux ; les corps se contorsionnent, les sourires grimacent, les regards sont brûlants. Souvent, il peignait des portraits de personnalités, dont il découpait les photographies dans les journaux, pour les réinventer dans des représentations fantasmagoriques.

Ici, c’est un autoportrait que Ghizzardi offre à contempler : il livre un portrait sans concession où il apparaît manifestement amaigri, ses joues creusées, ses yeux cernés. Son visage est sillonné de cernes profonds, qui marquent les volumes. Le corps, lui, est inscrit dans des lignes courbes, mobiles. Les couleurs sont sombres, traitées dans un style très brut ; mais le blanc des yeux, rehaussé par le noir des paupières, éblouit : le regard est lumineux, intense, dur. Ghizzardi veut montrer au monde la force de son âme, victorieuse de toutes les épreuves.


Arditi Iracema (1924-2006), Fleur d’eau


Arditi Iracema, Fleur d’eau, huile sur toile, 1998

Iracema Arditi est l’un des plus grands peintres naïfs du Brésil. Elle est née en 1924 à Sao Paulo. Iracema s’est passionnée très jeune pour les arts populaires, s’entourant d’artistes qu’elle admirait ; mais ce n’est qu’en 1951 qu’elle commença elle-même à peindre, pour ne plus s’arrêter. Artiste prolifique, elle peignait uniquement à l’huile car, disait-elle, « c’est une technique qui sait attendre, elle est patiente« . Ses oeuvres ont voyagé partout dans le monde, y trouvant toujours la reconnaissance qu’elles méritaient : en 1965, Iracema exposa pour la première fois à Sao Paulo, puis ce fut Paris, Rome, Bruxelles, Téhéran, Zurich… Elle a fondé en 1972 le Museo do Sol, premier musée d’art naïf du Brésil. En 1985, elle reçut en France la Croix de Chevalier des Arts et des Lettres.

Iracema Arditi a joué un rôle important dans la constitution des collections du musée d’Art naïf et d’Arts singuliers de Laval : enthousiasmée par la création de l’institution en 1967, elle a mobilisé plusieurs de ses compatriotes, permettant au musée d’accueillir en son sein un nombre important d’œuvres brésiliennes.

Dans Fleur d’eau, un bouquet de fleurs épanouies au premier plan masque partiellement un plan d’eau apaisé. Comme toujours dans les oeuvres d’Iracema, c’est la végétation qui est au cœur de l’œuvre. Le vert, couleur la plus importante de sa palette, prédomine. Au centre, on distingue deux personnages, aussi petits que les animaux que l’on aperçoit ici ou là. L’ensemble rayonne d’une paix, d’une sérénité, qui sont la signature d’Iracema Arditi.

La peinture d’Iracema fourmille d’une vie cachée, invisible, qui se donne à contempler dans les couleurs intenses qu’elle utilise : le bleu pur du ciel et de l’eau, le vert exalté des végétaux. La nature, exubérante et luxuriante, est un écrin : tout, plantes, êtres humains, animaux, y vivent pleinement en harmonie. C’est certainement ce qui a fait écrire à Pablo Neruda, dans le poème qu’il composa pour Iracema à propos de sa peinture : « Ce fut comme assister aux premières amours de la terre » (Por Iracema, Pablo Neruda, 1965).