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La collection Naïfs et Singuliers


Les artisanes d’Ocumicho


Carmelia Martinez, La Liberté guidant le peuple le 28 juillet 1830, non daté

Carmelia Martinez, La Liberté guidant le peuple le 28 juillet 1830, non daté

Ocumicho est un petit village mexicain, situé dans l’État de Michocoan, à 2000 mètres d’altitude. Il s’agit d’un village où traditionnellement était travaillé le cuir. La révolution mexicaine de 1910 ayant ruiné la région, les artisans ont dû se tourner vers une autre forme d’artisanat : la céramique.

La fabrication des diables en céramique d’Ocumicho a débuté dans les années 1960, grâce à un jeune artisan, Marcelino Vicente. Cet homme, mort très jeune, est devenu une légende dans ce petit village mexicain. Il racontait avoir rencontré le Diable en personne, qui lui aurait dit : « Tes diables sont laids, regarde-moi, moi je suis beau, prends modèle sur moi ». Quelques années après la mort de Marcelino, la création de ces petits diablotins à la technique très particulière est devenue la spécialité du village, et une grande part de sa production artisanale. Ce sont exclusivement les femmes qui pratiquent la céramique à Ocumicho, les hommes participant parfois en peignant les oeuvres de leurs épouses.

Dans les années 1980, Mercédès Iturbe, du Centre Culturel Mexicain de Paris, eut l’idée d’un projet à l’occasion du bicentenaire de la Révolution Française : elle demanda aux artisanes d’Ocumicho de réaliser une série de statuettes représentant divers événements de la Révolution, à partir de documents iconographiques.

Carmelia Martinez est une artisane qui a pris part au projet. Elle a pris modèle sur La Liberté guidant le peuple de Delacroix (1830). Elle a remplacé les morts aux pieds de la Liberté par deux diables, dont le premier dévore les entrailles du second. La figure du Diable dans les oeuvres d’Ocumicho est récurrente : le Diable, expliquent les artisanes, est forcément présent dans les situations violentes, provoquant les bouleversements funestes, et se nourrissant du mal et du désespoir des hommes.

Ces statuettes sont des œuvres à la rencontre entre la France et le Mexique : s’y mêlent à la fois l’imagerie et les symboles européens, et les systèmes de représentation mexicains. De nombreux éléments du répertoire local sont présents : ainsi, les aristocrates de La Chasse aux aristocrates sont habillés en costumes mexicains, et les révolutionnaires ont la peau bronzée des latino-américains.

Ces œuvres sont complètement caractéristiques du style des céramiques d’Ocumicho. Ce sont des sculptures aux formes très libres, aux couleurs très vives, des œuvres pleines de fantaisie et d’humour, avec souvent une certaine dimension scatologique. Ces statuettes proposent une vision déconcertante et dépaysante d’événements majeurs de l’Histoire de France.


Bouscaillou (1932) – Tourné vers son avenir


Louis Bouscaillou, Tourné vers son avenir, 1976

Louis Bouscaillou, Tourné vers son avenir, 1976

Louis Bouscaillou est né en Dordogne en 1932. Fils d’agriculteur, agriculteur lui-même, c’est en raison d’un grave problème de santé qu’il dut abandonner son travail dans les années 1950. Il prit alors son crayon pour dessiner la ferme familiale, les paysages aimés. Petit à petit, il comprit que son art ne pouvait pas se limiter à recopier : « La peinture n’est pas la représentation d’un truc« , écrit-il, « mais l’image caricaturée de plusieurs choses« . L’art doit avoir une visée bien plus universelle, représenter à la fois la réalité et son essence.

Quelques années plus tard, c’est en observant un sculpteur travailler sur le pont des Arts de Paris qu’il découvrit la sculpture. A partir de ce jour, l’art prit de plus en plus de place dans sa vie. Après quelques longues années où nul ne s’intéressait à son travail, les expositions s’enchaînèrent, au musée d’Art moderne de Paris, en Hollande, au Salon d’Automne de Lyon ; ses œuvres se trouvent actuellement dans les collections du musée d’Art naïf et d’Arts singuliers de Laval, au musée d’Art moderne de Lille et à la Collection d’art brut de Lausanne.

L’une des formes les plus originales et personnelles de l’œuvre de Bouscaillou est certainement ces séries de personnages en bois, aux contours géométriques et anguleux, dont l’œuvre Tourné vers son avenir fait partie. Chacun d’entre eux est porteur d’une émotion, ou vit une situation ou une action bien particulière, choisie par l’artiste. Ici, le personnage, tourné vers son avenir, regarde en fait derrière lui : l’introspection, la connaissance de soi, sont des démarches incontournables à celui qui veut construire sa vie.

Le travail de la couleur est primordial chez Bouscaillou : c’est grâce à elle qu’aucune place n’est laissée au froid et à la tristesse du matériau brut. Si les gestes sont figés, les membres raidis, le personnage, on le sent, est en plein mouvement.


Pierre Amourette (1947) – Vierge ouvrante


Pierre Amourette, Vierge ouvrante, 2015

Pierre Amourette est né à Jersey en 1947. Lorsqu’il était âgé de quatre ans, sa famille s’est expatriée en France.

Amourette a exercé pendant trente-quatre ans le métier d’instituteur spécialisé. Déjà, parallèlement à son travail, la création faisait partie de sa vie, puisqu’il sculptait régulièrement des statues de bois. Il se disait fortement bouleversé à la vue de certaines œuvres d’art populaire, citant des statues médiévales rencontrées dans la pénombre d’églises romanes. Il y voyait des objets anonymes et inconnus mais dont il ressentait intensément l’âme.

C’est cette émotion qu’il souhaite transmettre dans chacune de ses compositions. Après le bois, il commença à pratiquer la céramique. Si une grande partie de son œuvre tourne autour de la maternité, il exécute également des jarres, des assiettes et des plats. Apparaissent souvent dans son travail des lézards et des escargots, animaux qui l’ont accompagné dans ses jeux d’enfant.

Pierre Amourette ne cherche pas, par son travail, à transmettre un message ; il ne souhaite pas donner un sens à ses oeuvres. Ce qui lui importe, c’est que son émotion permette de déclencher celle du visiteur. Il désire que chacun puisse exprimer son ressenti et proposer sa propre interprétation de l’oeuvre sans être limité par une quelconque volonté de l’artiste.

C’est pour cette raison qu’Amourette, au départ, ne signait aucune de ses œuvres. Néanmoins, sa démarche artistique évoluant, il ressentit peu à peu le besoin d’inscrire chacune des statues dans l’espace-temps de sa création. Désormais, il écrit non seulement la date et le lieu d’exécution, mais également son état d’esprit ou les désagréments physiques qu’il a rencontrés pendant le temps de fabrication, persuadé qu’ils ont eu une incidence sur le processus de création. Ainsi, dans le dos de la Vierge ouvrante peut-on lire : « Le froid arrive, J’ai mal à la gorge ».

Amourette a longtemps cherché le mélange de terres qui lui conviendrait pour confectionner ses sculptures. Après des années d’essais, il est finalement parvenu à composer la recette idéale : il s’agit d’un mélange de grès blanc, de porcelaine de tournage, de terre chamottée ou de kaolinite, et de terre issue d’une carrière proche de Châteaubriant. À cette préparation, il ajoute deux millièmes de polyachrylonitrile (famille des acryliques). La cuisson dépend du résultat qu’il projette, puisqu’il travaille deux types de production. Pour obtenir une terre vernissée, donc poreuse, comme pour la Vierge ouvrante, il cuit la sculpture à 980°C ; pour une porcelaine, la température de cuisson est montée à 1300° C.


Trovic Jacques (1948) – Terre et Lune


Trovic Jacques, Terre et Lune, 1969

Jacques Trovic est un artiste né à Anzin, dans le Nord de la France. L’artiste a toujours eu une santé fragile, qui l’handicape aujourd’hui encore, et qui l’obligea à arrêter l’école à sept ans. Il a donc passé toute son enfance et sa jeunesse entre sa mère et soeur, qui pratiquaient les travaux d’aiguille dans la maison familiale. C’est ainsi que Trovic apprit à broder et à coudre, se passionnant rapidement pour cet art si particulier. Il créa sa première œuvre à quatorze ans ; il n’a jamais arrêté depuis.

Le travail de Trovic révèle une originalité touchante, et une grand authenticité. Il se situe à mi-chemin entre la broderie et le patchwork. Trovic commence toujours ses travaux avec un morceau de toile de jute, sur lequel il fait naître ses personnages joyeux et colorés, à l’aide de pièces de tissus divers et variés (soie, coton, feutrine, dentelle, satin, laine…). Il ajoute breloques, paillettes, tout ornement lui permettant d’embellir l’ensemble. Artiste prolifique, il a créé plus de trois cents œuvres à ce jour.

Trovic aime travailler des scènes joyeuses de son quotidien, inspirées bien souvent par la télévision qui est constamment allumée pendant ses séances de création. Il se plaît à représenter des jours de fêtes folkloriques, ou encore à honorer les professions humbles exercées dans son entourage, comme celle des ouvriers de la mine. Enfin, très marqué par sa ville si chaleureuse, Anzin, il en dessine souvent les rues et les
lieux importants.

Trovic souhaite communiquer dans ses œuvres la joie qu’il voit dans le monde. C’est ainsi qu’il s’est créé un monde lumineux, plein de douceur et de gaieté. Créée en 1969, l’œuvre Terre-Lune a très probablement été inspirée par la première expédition humaine sur la Lune, la même année. C’est un rêve d’enfant qu’il semble avoir voulu recréer, un monde lunaire duquel tout l’univers est accessible.

« L’essentiel, c’est que le soleil brille, que les couleurs chantent, qu’il y ait de la fête et du rire et que les enfants aiment ces grandes toiles qui ressemblent tant à leurs dessins et à leurs rêves.« 


Lefresne Fernand (1924-2001) – Le vieux Laval


Lefresne Fernand, Le vieux Laval, 1988

Lefresne Fernand, Le vieux Laval, 1988

Fernand Lefresne est né à Laval. Il a passé toute sa vie en Mayenne. Placé comme apprenti dans une scierie à treize ans, il devint ensuite apprenti chez un artisan-peintre qui n’était autre que Robert Tatin, artiste singulier particulièrement connu pour sa Maison des Champs, actuel Musée Robert Tatin à Cossé-le-Vivien. Il y resta dix ans, apprenant aux côtés du grand artiste à peindre, des fresques tout particulièrement.

Après la guerre, Fernand Lefresne se mit à son compte, devenant peintre en lettres et en bâtiments. Sa santé s’affaiblissant, il prit sa retraite à soixante ans. C’est alors qu’il se lança, presque par hasard, dans la peinture d’art, « pour ne pas rester sans rien faire ». Fernand Lefresne est un artiste amoureux de Laval ; connaissant chaque coin et recoin de la ville, il se plaisait à composer des vues des quartiers lavallois, des scènes de vie dans les rues. Il aimait également représenter la Bretagne, ou encore peindre des trompe-l’œil au caractère souvent malicieux. Il travaillait essentiellement à l’huile ; son œuvre se caractérise par une précision du trait et un grand sens du détail, au service du pinceau plein d’humour de l’artiste.

Le vieux Laval est certainement l’une des compositions centrales de l’œuvre de Lefresne. Il s’agit d’une gigantesque fresque représentant le cœur de la ville de Laval. Pour la réaliser, Lefresne a commencé par peindre les maisons, les enseignes, puis au gré des rues, s’est amusé à créer différentes situations simultanées : un incendie, des policiers faisant la circulation, des attroupements, des couples promenant leur enfant en poussette… Le vieux Laval est une oeuvre qui demande à être contemplée lentement ; ce n’est qu’ainsi que l’oeil se promenant dans les rues de la ville pourra saisir tout le ravissement, le fourmillement et la gaieté de la vie lavalloise.


Gaston Hennin (1907-1988) – Le père de Foucault


Hennin Gaston, Le Père de Foucault, non daté

Hennin Gaston, Le Père de Foucault, non daté

Gaston Hennin est né à Lyon en 1907. Il a exercé le métier de tapissier-décorateur dans de nombreux théâtres parisiens, fréquentant quotidiennement le monde du spectacle et des artistes, qui eut une grande influence sur lui.

Gaston Hennin n’a jamais appris à peindre ni à dessiner : « Je peins comme je vois et je pense » écrit-il dans une lettre au conservateur du Musée de Laval en 1967. Il commença à s’exercer en 1957, à l’âge de cinquante ans ; en 1958 il participa au Grand Prix des Beaux-Arts de la Ville de Paris. Il remporta le deuxième prix de la Chambre des Métiers de la Seine, puis enchaîna les expositions.

Gaston Hennin a concentré une grande part de son travail sur des vues des quartiers de Paris, distillant dans ses œuvres une part de la vie intense qu’il y trouvait. Il copiait également des œuvres de Gauguin, de Picasso.

Il se plaisait enfin à travailler des portraits de personnages dont la vie l’avait marqué, comme pour l’oeuvre Le Père de Foucault : elle représente Charles de Foucauld, vêtu de son habit religieux, une bure blanche, avec le Sacré-Coeur cousu sur la poitrine. Pour réaliser cette composition, Hennin s’est appuyé sur l’une des rares photographies existantes du moine.

Hennin travaille avec des couleurs vives, disposées de façon très libre ; son trait est schématique tout en étant extrêmement assuré, avec une véritable recherche du détail. La façon dont l’artiste travaille la matière, très texturée, lui est particulière.


Ivana Lovkovic-Matunci (1951) – Coquelicots


Lovkovic-Matunci Ivana, Coquelicots, non daté

Lovkovic-Matunci Ivana, Coquelicots, 20e siècle

Ivana Lovkovic-Matunci est une artiste croate, née en 1951. Ce sont surtout ses fleurs délicates, peintes sous verre, qui ont fait son succès, même si elle a travaillé de nombreux autres thèmes.

La Yougoslavie a été au 20e siècle un terreau fertile pour l’Art Naïf : sous l’impulsion de plusieurs artistes, dont Ivan Generalic, Franjo Mraz et Mirko Virius, qui ont fondé l’École de Hlebine dans les années 1930, une multitude d’autodidactes prirent leurs pinceaux, et firent découvrir au monde la joie et les épreuves de leur peuple, le regard qu’ils posaient sur leurs traditions, leur culture, leur vie quotidienne.

Ivana Lovkovic-Matunci fait partie de la troisième génération des artistes de l’École de Hlebine, qui ont exercé dans les années 1960 et 1970.

Comme beaucoup d’artistes d’Europe de l’Est, Ivana Lockovic-Matunci utilise la technique de la peinture fixée sous verre. Il s’agit d’une pratique ancestrale qui servait particulièrement pour la réalisation d’ex-votos. La technique de la peinture fixée sous verre est très difficile, et suppose une grande maîtrise de la part de l’artiste : il s’agit en effet de peindre sur une plaque de verre, en commençant par les détails avant les traits les plus conséquents ; les retouches sont impossibles. La plaque de verre étant retournée lorsque l’oeuvre est terminée, l’artiste travaille avec un miroir.

La technique du fixé sous verre permet une finesse des traits qui confère une grande délicatesse à l’ensemble, comme dans les œuvres exposées d’Ivana Lovkovic-Matunci ; elle permet également de préserver la fraîcheur des couleurs, protégées par le verre.


Anonyme – Portrait de petite fille


Anonyme , Portrait de petite fille, 20ème siècle

Anonyme , Portrait de petite fille, 20 ème siècle

L’enfant est un thème récurrent en Histoire de l’Art, et a fait l’objet de la fascination des artistes de tous styles et de toutes les époques. Pour autant, le regard posé sur lui a fortement évolué : enfant-Dieu au Moyen-âge, enfant-roi à la Renaissance et durant l’époque moderne, il ne devient une personne réelle et un sujet pour lui-même qu’avec les Lumières au 18e siècle : il apparaît alors tour à tour câlin, joueur, rêveur… À travers l’enfance, c’est bien souvent l’innocence et la pureté oubliées que les artistes cherchent à représenter. Il n’est donc pas étonnant que les Naïfs, à leur tour, se soient appropriés ce thème de l’enfance : qui mieux que ces artistes, qui ne cherchent que la poésie sans les tourments de la technique, pourrait la comprendre ?

L’œuvre anonyme exposée représente une petite fille, toute vêtue de blanc. La pâleur de sa peau et l’immaculé de ses vêtements, qui renforcent son innocence, contrastent avec les yeux marrons et les cheveux sombres. Elle a entre les mains une grappe de raisin, traditionnellement le symbole du désir d’initiation, de la soif de la vérité ; mais à sa main droite, les fleurs qu’elle a cueillies se fanent déjà. Il y a comme un regret dans ce portrait, regret d’une enfance trop vite passée, d’une innocence perdue trop tôt.

Cette œuvre est réalisée à la façon des limners, artistes autodidactes américains du 17e siècle. Ils furent les peintres des premiers tableaux de l’histoire états-unienne. Pour la plupart anonymes, ils réalisèrent de nombreux portraits destinés à mettre en valeur la richesse et la prospérité des commanditaires. Ils peignaient à la façon des peintres élisabéthains et hollandais : couleurs vives, fonds obscurs, absence de perspectives.


Baya (1931-1998) – Femme au panier


Baya, Femme au panier, vers 1947

Baya, de son vrai nom Fatma Haddad, est une artiste algérienne, née en 1931 à Borjd-el-Kiffane, près d’Alger. Fatma fut orpheline dès son plus jeune âge : elle perdit son père à deux ans, puis sa mère à cinq ans. Élevée par la famille de son beau-père puis par sa grand-mère, elle fut accueillie par un jeune couple qui prit en charge son éducation dès 1942.

Les Caminat étaient des personnes aisées, cultivées, qui fréquentaient un milieu d’intellectuels et d’artistes, et qui pratiquaient eux-mêmes la peinture. Dans ce milieu porteur, il fut naturel pour la jeune fille d’envisager la pratique artistique : alors qu’elle était âgée de treize ans, Baya, profitant d’être seule à la maison, prit des pinceaux et peignit sa première gouache. Elle n’arrêta plus, trouvant dans la peinture un moyen d’expression inégalé.

Baya fut très vite remarquée. Aimé Maeght lui proposa de l’exposer en 1947 dans sa galerie parisienne alors qu’elle n’était âgée que de seize ans : le succès fut immédiat. À vingt-deux ans, Fatma se maria avec un homme bien plus âgé qu’elle, déjà marié. Elle parlait de son mariage comme de vingt-six années de bonheur, ayant sincèrement aimé son époux avec qui elle eut six enfants. Dès son mariage, elle arrêta la peinture, pour se consacrer à sa famille. Elle ne la reprit que dix ans plus tard, en 1963, un an après l’indépendance de l’Algérie. Elle est décédée en 1998.

L’œuvre de Baya est le reflet de son monde intérieur, miroir de son obsession pour la mère absente, partie trop tôt. L’homme n’est présent dans aucune de ses peintures : ne sont représentées que des silhouettes féminines, qui évoluent dans un univers coloré à la végétation luxuriante.

L’œuvre, Femme au panier, a été réalisée en 1947. Elle fait partie de la première période de création de Fatma Haddad, alors âgée de seize ans. Une femme, vêtue d’une somptueuse robe aux couleurs vives, porte un enfant de sa main droite, et un panier de sa main gauche. Des fleurs roses entourent délicatement la silhouette. Courbes et contre-courbes viennent appuyer l’extrême féminité de l’ensemble : l’œuvre exploite l’unique thème que Baya aborde dans ses créations, celui de la mère, protectrice et bienveillante.


Anselme Boix-Vives (1899-1969), Éléphant blanc


Boix-Vives Anselme, Torero vu par A.B., non daté

Boix-Vives Anselme, Torero vu par A.B., non daté

L’art n’occupait aucune place dans la vie d’Anselme Boix-Vives, commerçant modeste d’origine espagnole, jusqu’à la mort de son épouse, en 1962. Désemparé et désœuvré, il prit alors ses pinceaux pour trouver un nouveau sens à son existence. Sans aucune formation artistique, il entama un gigantesque travail de création : entre 1962 et 1969, il peignit plus de deux mille œuvres.

Boix-Vives était un idéaliste, et sa peinture reflète cette vision émerveillée qu’il avait du monde. Avec des formes proches de l’art aborigène, il a créé un univers où un bestiaire attachant et fantasmatique règne sur une jungle luxuriante, remplie de petits personnages aux grands sourires. Sa première source d’inspiration était l’Espagne de son enfance. Il illustrait alors ses souvenirs, des corridas, comme pour Torero vu par A.B., des fêtes des fleurs et des processions religieuses.

Boix-Vives achetait très peu de toiles. Tout support lui semblait bon, et il dessinait et peignait sur tout ce qui lui tombait sous la main : carton récupéré, papier comme pour les trois œuvres exposées. Il utilisait indifféremment de multiples techniques, gouache, crayons de couleurs, feutres, crayon gras, ou encore le stylo bille et l’huile. Par son utilisation de la couleur, Boix-Vives voulait représenter cette vie qu’il aimait intensément : chaude, froide, pure ou mélangée, vive ou éteinte, chaque couleur vient faire naître un éclat de la lumière que Boix-Vives percevait en toute chose vivante.