Adultes, La collection Naïfs et Singuliers


Concours d’écriture « L’œuvre et la plume » | Le mystérieux tableau


 

Félicitations à tous les participants de ce concours de nouvelles et en particulier à nos trois lauréats !

1 | Aurore DESPORTES
2 | Rosine ROUSSEAU
3 | Julia RHLIOUCH

Vous souhaitez découvrir les nouvelles de nos gagnants? C’est par ici !

 

Une découverte exceptionnelle !

À son retour de vacances, Antoinette Le Falher a troqué son rôle de directrice des Musées de Laval en celui d’enquêtrice. Ce matin du 16 août, elle prend connaissance de son courrier parmi lequel se trouve un paquet d’apparence banale. Son emballage en carton et sa forme permettent toutefois de deviner qu’il s’agit d’un tableau. À sa plus grande surprise, elle découvre une œuvre signée du célèbre Henri Rousseau, dit le Douanier. Pensant d’abord à un canular, elle s’empresse de lire la lettre qui l’accompagne. La plaisanterie prend peu à peu des airs de réalité. Antoinette Le Falher adresse alors un mail enthousiaste à la Direction Régionale des Affaires Culturelles, à sa hiérarchie ainsi qu’à Didier Pillon, adjoint au Maire en charge des Affaires Culturelles et du Patrimoine, pour annoncer l’étonnante nouvelle. Le mystérieux donateur « (…) Je suis quelqu’un d’âgé et je n’ai pas d’héritiers. Aussi ai-je décidé d’offrir à votre établissement le Paysage avec pêcheur joint à cet envoi. Je souhaite que ce don reste anonyme et le Musée (…) pourra user de cette œuvre comme bon lui semblera, expositions ou prêts. (…) » Dans son pli, le donateur avait ajouté un certificat d’authenticité de Dora Vallier, une critique d’art spécialiste reconnue du Douanier Rousseau. Le geste est d’autant plus exceptionnel que ce type de donation anonyme demeure extrêmement rare. Le travail d’enquête commence : « qui a réceptionné le colis et quand ? ». L’agent d’accueil se souvient bien de l’homme venu lui apporter le paquet début août. Selon tout vraisemblance, il ne s’agissait pas d’un visiteur habituel du Musée : l’agent ne l’avait jamais vu auparavant. La lettre du donateur précisait que lors de sa visite au Musée d’Art Naïf et d’Arts Singuliers, il avait été « désappointé par le fait que le Musée ne possède que trois œuvres d’Henri Rousseau, natif de Laval. ». Le donateur est-il Lavallois ou simplement un visiteur de passage ? Aurait-il visité le Musée d’Art Naïf et d’Arts Singuliers lors d’une précédente venue à Laval ? Comment identifier le tableau avec certitude si nous ne retrouvons pas le donateur ? Les questions se bousculent. L’enquête Mener l’enquête est indispensable. Le certificat de Dora Vallier joint au tableau ne peut pas être considéré comme une preuve indiscutable de l’authenticité de l’œuvre. Antoinette Le Falher va tenter d’élucider le mystère de cette curieuse donation. Tout d’abord, il s’agit de vérifier auprès d’Interpol que le tableau n’a pas été volé. Après recherches, il est désormais possible de confirmer que le tableau n’apparaît pas dans les bases de données accessibles sur internet. Il convient ensuite de faire parler le tableau. Au dos de l’œuvre, trois étiquettes apportent des informations complémentaires. L’une d’entre elles mentionne la galerie parisienne Charpentier, et l’exposition Primitifs d’aujourd’hui. Le Musée d’Art Naïf et d’Arts Singuliers détient justement le catalogue de cette exposition organisée à la fin du 19e siècle. La directrice consulte l’ouvrage à la recherche d’indices qui permettraient de faciliter l’authentification du tableau : un visuel, une mention du titre… Hélas, rien ! La déception est grande même si Antoinette Le Falher savait que le catalogue n’était pas exhaustif. Il n’est pas possible de confirmer si l’œuvre a bel et bien fait partie de l’exposition. L’anonymat du donateur ne rend pas le travail d’enquête aisé. Par l’intermédiaire de la presse, un appel est lancé à destination du généreux donateur à la fin du mois d’août. Il est invité à se manifester pour aider à retracer l’historique du tableau : son témoignage est capital. La sollicitation n’a malheureusement pas abouti. Toutefois, un espoir existe encore ! Le travail de recherche mène Antoinette Le Falher à étudier les archives qui pourraient attester de l’existence de cette toile. Début septembre, la directrice des Musées de Laval se déplace au Musée de l’Orangerie. Un minutieux travail d’analyse permet de comparer Paysage avec pêcheur avec les œuvres exposées dans la salle dédiée à Henri Rousseau. Cette étude ne se révèle pas suffisamment concluante et la recherche doit se poursuivre dans les fonds documentaires à la fois du Musée d’Orsay et à la bibliothèque Kandinsky. À ce jour, la preuve de l’authenticité n’a pas encore été établie. En ultime recours, Antoinette Le Falher fait appel au Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France. Après l’étude d’un dossier de présentation de l’œuvre, le laboratoire pourra procéder à son analyse technique et scientifique. Cette dernière étape sera longue et exige une grande patience de la part de l’ensemble de l’équipe du Musée d’Art Naïf et d’Arts Singuliers. Que révéleront les analyses ? Le donateur finira-t-il par se faire connaître ? Affaire à suivre… Cette histoire vraie vous inspire ? Imaginez l’histoire de ce tableau et les rebondissements de cette enquête ! Envoyez votre texte à cyrielle.langlais@laval.fr avant le 28 février 2018. Pour télécharger le règlement, suivez ce lien.


Les artisanes d’Ocumicho


 

Carmelia Martinez, La Liberté guidant le peuple le 28 juillet 1830, non daté

Carmelia Martinez, La Liberté guidant le peuple le 28 juillet 1830, non daté

 

Ocumicho est un petit village mexicain, situé dans l’État de Michocoan, à 2000 mètres d’altitude. Il s’agit d’un village où traditionnellement était travaillé le cuir. La révolution mexicaine de 1910 ayant ruiné la région, les artisans ont dû se tourner vers une autre forme d’artisanat : la céramique.

 

La fabrication des diables en céramique d’Ocumicho a débuté dans les années 1960, grâce à un jeune artisan, Marcelino Vicente. Cet homme, mort très jeune, est devenu une légende dans ce petit village mexicain. Il racontait avoir rencontré le Diable en personne, qui lui aurait dit : « Tes diables sont laids, regarde-moi, moi je suis beau, prends modèle sur moi ». Quelques années après la mort de Marcelino, la création de ces petits diablotins à la technique très particulière est devenue la spécialité du village, et une grande part de sa production artisanale. Ce sont exclusivement les femmes qui pratiquent la céramique à Ocumicho, les hommes participant parfois en peignant les oeuvres de leurs épouses.

 

Dans les années 1980, Mercédès Iturbe, du Centre Culturel Mexicain de Paris, eut l’idée d’un projet à l’occasion du bicentenaire de la Révolution Française : elle demanda aux artisanes d’Ocumicho de réaliser une série de statuettes représentant divers événements de la Révolution, à partir de documents iconographiques.

 

Carmelia Martinez est une artisane qui a pris part au projet. Elle a pris modèle sur La Liberté guidant le peuple de Delacroix (1830). Elle a remplacé les morts aux pieds de la Liberté par deux diables, dont le premier dévore les entrailles du second. La figure du Diable dans les oeuvres d’Ocumicho est récurrente : le Diable, expliquent les artisanes, est forcément présent dans les situations violentes, provoquant les bouleversements funestes, et se nourrissant du mal et du désespoir des hommes.

 

Ces statuettes sont des œuvres à la rencontre entre la France et le Mexique : s’y mêlent à la fois l’imagerie et les symboles européens, et les systèmes de représentation mexicains. De nombreux éléments du répertoire local sont présents : ainsi, les aristocrates de La Chasse aux aristocrates sont habillés en costumes mexicains, et les révolutionnaires ont la peau bronzée des latino-américains.

 

Ces œuvres sont complètement caractéristiques du style des céramiques d’Ocumicho. Ce sont des sculptures aux formes très libres, aux couleurs très vives, des œuvres pleines de fantaisie et d’humour, avec souvent une certaine dimension scatologique. Ces statuettes proposent une vision déconcertante et dépaysante d’événements majeurs de l’Histoire de France.


Bouscaillou (1932) – Tourné vers son avenir


 

Louis Bouscaillou, Tourné vers son avenir, 1976

Louis Bouscaillou, Tourné vers son avenir, 1976

 

Louis Bouscaillou est né en Dordogne en 1932. Fils d’agriculteur, agriculteur lui-même, c’est en raison d’un grave problème de santé qu’il dut abandonner son travail dans les années 1950. Il prit alors son crayon pour dessiner la ferme familiale, les paysages aimés. Petit à petit, il comprit que son art ne pouvait pas se limiter à recopier : « La peinture n’est pas la représentation d’un truc« , écrit-il, « mais l’image caricaturée de plusieurs choses« . L’art doit avoir une visée bien plus universelle, représenter à la fois la réalité et son essence.

 

Quelques années plus tard, c’est en observant un sculpteur travailler sur le pont des Arts de Paris qu’il découvrit la sculpture. A partir de ce jour, l’art prit de plus en plus de place dans sa vie. Après quelques longues années où nul ne s’intéressait à son travail, les expositions s’enchaînèrent, au musée d’Art moderne de Paris, en Hollande, au Salon d’Automne de Lyon ; ses œuvres se trouvent actuellement dans les collections du musée d’Art naïf et d’Arts singuliers de Laval, au musée d’Art moderne de Lille et à la Collection d’art brut de Lausanne.

 

L’une des formes les plus originales et personnelles de l’œuvre de Bouscaillou est certainement ces séries de personnages en bois, aux contours géométriques et anguleux, dont l’œuvre Tourné vers son avenir fait partie. Chacun d’entre eux est porteur d’une émotion, ou vit une situation ou une action bien particulière, choisie par l’artiste. Ici, le personnage, tourné vers son avenir, regarde en fait derrière lui : l’introspection, la connaissance de soi, sont des démarches incontournables à celui qui veut construire sa vie.

 

Le travail de la couleur est primordial chez Bouscaillou : c’est grâce à elle qu’aucune place n’est laissée au froid et à la tristesse du matériau brut. Si les gestes sont figés, les membres raidis, le personnage, on le sent, est en plein mouvement.


Pierre Amourette (1947) – Vierge ouvrante


Pierre Amourette, Vierge ouvrante, 2015

 

 

Pierre Amourette est né à Jersey en 1947. Lorsqu’il était âgé de quatre ans, sa famille s’est expatriée en France.

 

Amourette a exercé pendant trente-quatre ans le métier d’instituteur spécialisé. Déjà, parallèlement à son travail, la création faisait partie de sa vie, puisqu’il sculptait régulièrement des statues de bois. Il se disait fortement bouleversé à la vue de certaines œuvres d’art populaire, citant des statues médiévales rencontrées dans la pénombre d’églises romanes. Il y voyait des objets anonymes et inconnus mais dont il ressentait intensément l’âme.

 

C’est cette émotion qu’il souhaite transmettre dans chacune de ses compositions. Après le bois, il commença à pratiquer la céramique. Si une grande partie de son œuvre tourne autour de la maternité, il exécute également des jarres, des assiettes et des plats. Apparaissent souvent dans son travail des lézards et des escargots, animaux qui l’ont accompagné dans ses jeux d’enfant.

 

Pierre Amourette ne cherche pas, par son travail, à transmettre un message ; il ne souhaite pas donner un sens à ses oeuvres. Ce qui lui importe, c’est que son émotion permette de déclencher celle du visiteur. Il désire que chacun puisse exprimer son ressenti et proposer sa propre interprétation de l’oeuvre sans être limité par une quelconque volonté de l’artiste.

 

C’est pour cette raison qu’Amourette, au départ, ne signait aucune de ses œuvres. Néanmoins, sa démarche artistique évoluant, il ressentit peu à peu le besoin d’inscrire chacune des statues dans l’espace-temps de sa création. Désormais, il écrit non seulement la date et le lieu d’exécution, mais également son état d’esprit ou les désagréments physiques qu’il a rencontrés pendant le temps de fabrication, persuadé qu’ils ont eu une incidence sur le processus de création. Ainsi, dans le dos de la Vierge ouvrante peut-on lire : « Le froid arrive, J’ai mal à la gorge ».

 

Amourette a longtemps cherché le mélange de terres qui lui conviendrait pour confectionner ses sculptures. Après des années d’essais, il est finalement parvenu à composer la recette idéale : il s’agit d’un mélange de grès blanc, de porcelaine de tournage, de terre chamottée ou de kaolinite, et de terre issue d’une carrière proche de Châteaubriant. À cette préparation, il ajoute deux millièmes de polyachrylonitrile (famille des acryliques). La cuisson dépend du résultat qu’il projette, puisqu’il travaille deux types de production. Pour obtenir une terre vernissée, donc poreuse, comme pour la Vierge ouvrante, il cuit la sculpture à 980°C ; pour une porcelaine, la température de cuisson est montée à 1300° C.


Les acquisitions du musée


 

Le musée vient de s’enrichir de 2 oeuvres de François Monchâtre : « Bibliothèque HBN » et « Veuillez répondre à toutes nos questions »

Après avoir été formé dans une école des métiers d’art à Paris (section vitrail), François Monchâtre exerce divers petits métiers (marionnettiste, garçon d’ascenseur, étalagiste…) avant de se consacrer, à partir de 1959, à la peinture qu’il pratique déjà depuis plusieurs années. Ses compositions hautes en couleurs se revendiquent alors d’un Art Naïf teinté de Surréalisme.

A partir des années 70, l’artiste entreprend ce qu’il appelle sa « grande révolution » et abandonne la couleur au profit d’une peinture monochrome et du noir et blanc. C’est également à compter de cette période qu’il réalise ses premières sculptures baptisées OPNI (Objets Peints Non Identifiés).

Monchâtre tire son inspiration aussi bien de son enfance que des différents métiers qu’il a pu exercer. Des expériences de sa vie d’adulte, il fait naître des oeuvres absurdes et grinçantes dans lesquelles il met en scène ses Crétins : des personnages stéréotypés, toujours de profil, aux membre raides, aux traits durs et anguleux, portant costume et cravate. Ainsi visualise-t-il l’homme moderne, que ce soit l’employé pressé et stressé, qui passe sa vie à obéir en oubliant de rêver, ou le « petit chef », insignifiant et tyrannique.

Ingénieux constructeur, il invente depuis 1970 des machines, animées manuellement ou par un petit moteur électrique, qui ne servent à rien sinon à rêver. On retrouve dans ces objets mécanisés la fascination de Monchâtre pour l’aviation, le cinéma, l’automobile et les bibliothèques qu’il aime tant fréquenter.

En 1963, il expose chez Iris Clert où il côtoie Tinguely, Arman et César. Puis, rejoint en 1975 l’Atelier Jacob d’Alain Bourbonnais et participe à l’exposition « Les Singuliers de l’art » au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris en 1978. Depuis, il expose très régulièrement en France et à l’étranger. Il a, entre autres, participé à, à la Outsider Art Fair de New York en 2003 et a été exposé à la Halle Saint-Pierre, Paris, en 2013.

 

 

 

 

 


Trovic Jacques (1948) – Terre et Lune


Trovic Jacques, Terre et Lune, 1969

Trovic Jacques, Terre et Lune, 1969

 

Jacques Trovic est un artiste né à Anzin, dans le Nord de la France. L’artiste a toujours eu une santé fragile, qui l’handicape aujourd’hui encore, et qui l’obligea à arrêter l’école à sept ans. Il a donc passé toute son enfance et sa jeunesse entre sa mère et soeur, qui pratiquaient les travaux d’aiguille dans la maison familiale. C’est ainsi que Trovic apprit à broder et à coudre, se passionnant rapidement pour cet art si particulier. Il créa sa première œuvre à quatorze ans ; il n’a jamais arrêté depuis.

 

Le travail de Trovic révèle une originalité touchante, et une grand authenticité. Il se situe à mi-chemin entre la broderie et le patchwork. Trovic commence toujours ses travaux avec un morceau de toile de jute, sur lequel il fait naître ses personnages joyeux et colorés, à l’aide de pièces de tissus divers et variés (soie, coton, feutrine, dentelle, satin, laine…). Il ajoute breloques, paillettes, tout ornement lui permettant d’embellir l’ensemble. Artiste prolifique, il a créé plus de trois cents œuvres à ce jour.

 

Trovic aime travailler des scènes joyeuses de son quotidien, inspirées bien souvent par la télévision qui est constamment allumée pendant ses séances de création. Il se plaît à représenter des jours de fêtes folkloriques, ou encore à honorer les professions humbles exercées dans son entourage, comme celle des ouvriers de la mine. Enfin, très marqué par sa ville si chaleureuse, Anzin, il en dessine souvent les rues et les
lieux importants.

 

Trovic souhaite communiquer dans ses œuvres la joie qu’il voit dans le monde. C’est ainsi qu’il s’est créé un monde lumineux, plein de douceur et de gaieté. Créée en 1969, l’œuvre Terre-Lune a très probablement été inspirée par la première expédition humaine sur la Lune, la même année. C’est un rêve d’enfant qu’il semble avoir voulu recréer, un monde lunaire duquel tout l’univers est accessible.

 

« L’essentiel, c’est que le soleil brille, que les couleurs chantent, qu’il y ait de la fête et du rire et que les enfants aiment ces grandes toiles qui ressemblent tant à leurs dessins et à leurs rêves.« 


Lefresne Fernand (1924-2001) – Le vieux Laval


Lefresne Fernand, Le vieux Laval, 1988

Lefresne Fernand, Le vieux Laval, 1988

 

Fernand Lefresne est né à Laval. Il a passé toute sa vie en Mayenne. Placé comme apprenti dans une scierie à treize ans, il devint ensuite apprenti chez un artisan-peintre qui n’était autre que Robert Tatin, artiste singulier particulièrement connu pour sa Maison des Champs, actuel Musée Robert Tatin à Cossé-le-Vivien. Il y resta dix ans, apprenant aux côtés du grand artiste à peindre, des fresques tout particulièrement.

 

Après la guerre, Fernand Lefresne se mit à son compte, devenant peintre en lettres et en bâtiments. Sa santé s’affaiblissant, il prit sa retraite à soixante ans. C’est alors qu’il se lança, presque par hasard, dans la peinture d’art, « pour ne pas rester sans rien faire ». Fernand Lefresne est un artiste amoureux de Laval ; connaissant chaque coin et recoin de la ville, il se plaisait à composer des vues des quartiers lavallois, des scènes de vie dans les rues. Il aimait également représenter la Bretagne, ou encore peindre des trompe-l’œil au caractère souvent malicieux. Il travaillait essentiellement à l’huile ; son œuvre se caractérise par une précision du trait et un grand sens du détail, au service du pinceau plein d’humour de l’artiste.

 

Le vieux Laval est certainement l’une des compositions centrales de l’œuvre de Lefresne. Il s’agit d’une gigantesque fresque représentant le cœur de la ville de Laval. Pour la réaliser, Lefresne a commencé par peindre les maisons, les enseignes, puis au gré des rues, s’est amusé à créer différentes situations simultanées : un incendie, des policiers faisant la circulation, des attroupements, des couples promenant leur enfant en poussette… Le vieux Laval est une oeuvre qui demande à être contemplée lentement ; ce n’est qu’ainsi que l’oeil se promenant dans les rues de la ville pourra saisir tout le ravissement, le fourmillement et la gaieté de la vie lavalloise.


Gaston Hennin (1907-1988) – Le père de Foucault


Hennin Gaston, Le Père de Foucault, non daté

Hennin Gaston, Le Père de Foucault, non daté

 

Gaston Hennin est né à Lyon en 1907. Il a exercé le métier de tapissier-décorateur dans de nombreux théâtres parisiens, fréquentant quotidiennement le monde du spectacle et des artistes, qui eut une grande influence sur lui.

 

Gaston Hennin n’a jamais appris à peindre ni à dessiner : « Je peins comme je vois et je pense » écrit-il dans une lettre au conservateur du Musée de Laval en 1967. Il commença à s’exercer en 1957, à l’âge de cinquante ans ; en 1958 il participa au Grand Prix des Beaux-Arts de la Ville de Paris. Il remporta le deuxième prix de la Chambre des Métiers de la Seine, puis enchaîna les expositions.

 

Gaston Hennin a concentré une grande part de son travail sur des vues des quartiers de Paris, distillant dans ses œuvres une part de la vie intense qu’il y trouvait. Il copiait également des œuvres de Gauguin, de Picasso.

 

Il se plaisait enfin à travailler des portraits de personnages dont la vie l’avait marqué, comme pour l’oeuvre Le Père de Foucault : elle représente Charles de Foucauld, vêtu de son habit religieux, une bure blanche, avec le Sacré-Coeur cousu sur la poitrine. Pour réaliser cette composition, Hennin s’est appuyé sur l’une des rares photographies existantes du moine.

 

Hennin travaille avec des couleurs vives, disposées de façon très libre ; son trait est schématique tout en étant extrêmement assuré, avec une véritable recherche du détail. La façon dont l’artiste travaille la matière, très texturée, lui est particulière.

 

 


Ivana Lovkovic-Matunci (1951) – Coquelicots


Lovkovic-Matunci Ivana, Coquelicots, non daté

Lovkovic-Matunci Ivana, Coquelicots, 20e siècle

 

Ivana Lovkovic-Matunci est une artiste croate, née en 1951. Ce sont surtout ses fleurs délicates, peintes sous verre, qui ont fait son succès, même si elle a travaillé de nombreux autres thèmes.

 

La Yougoslavie a été au 20e siècle un terreau fertile pour l’Art Naïf : sous l’impulsion de plusieurs artistes, dont Ivan Generalic, Franjo Mraz et Mirko Virius, qui ont fondé l’École de Hlebine dans les années 1930, une multitude d’autodidactes prirent leurs pinceaux, et firent découvrir au monde la joie et les épreuves de leur peuple, le regard qu’ils posaient sur leurs traditions, leur culture, leur vie quotidienne.

 

Ivana Lovkovic-Matunci fait partie de la troisième génération des artistes de l’École de Hlebine, qui ont exercé dans les années 1960 et 1970.

 

Comme beaucoup d’artistes d’Europe de l’Est, Ivana Lockovic-Matunci utilise la technique de la peinture fixée sous verre. Il s’agit d’une pratique ancestrale qui servait particulièrement pour la réalisation d’ex-votos. La technique de la peinture fixée sous verre est très difficile, et suppose une grande maîtrise de la part de l’artiste : il s’agit en effet de peindre sur une plaque de verre, en commençant par les détails avant les traits les plus conséquents ; les retouches sont impossibles. La plaque de verre étant retournée lorsque l’oeuvre est terminée, l’artiste travaille avec un miroir.

 

La technique du fixé sous verre permet une finesse des traits qui confère une grande délicatesse à l’ensemble, comme dans les œuvres exposées d’Ivana Lovkovic-Matunci ; elle permet également de préserver la fraîcheur des couleurs, protégées par le verre.


Anonyme – Portrait de petite fille


Anonyme , Portrait de petite fille, 20ème siècle

Anonyme , Portrait de petite fille, 20 ème siècle

 

L’enfant est un thème récurrent en Histoire de l’Art, et a fait l’objet de la fascination des artistes de tous styles et de toutes les époques. Pour autant, le regard posé sur lui a fortement évolué : enfant-Dieu au Moyen-âge, enfant-roi à la Renaissance et durant l’époque moderne, il ne devient une personne réelle et un sujet pour lui-même qu’avec les Lumières au 18e siècle : il apparaît alors tour à tour câlin, joueur, rêveur… À travers l’enfance, c’est bien souvent l’innocence et la pureté oubliées que les artistes cherchent à représenter. Il n’est donc pas étonnant que les Naïfs, à leur tour, se soient appropriés ce thème de l’enfance : qui mieux que ces artistes, qui ne cherchent que la poésie sans les tourments de la technique, pourrait la comprendre ?

 

L’œuvre anonyme exposée représente une petite fille, toute vêtue de blanc. La pâleur de sa peau et l’immaculé de ses vêtements, qui renforcent son innocence, contrastent avec les yeux marrons et les cheveux sombres. Elle a entre les mains une grappe de raisin, traditionnellement le symbole du désir d’initiation, de la soif de la vérité ; mais à sa main droite, les fleurs qu’elle a cueillies se fanent déjà. Il y a comme un regret dans ce portrait, regret d’une enfance trop vite passée, d’une innocence perdue trop tôt.

 

Cette œuvre est réalisée à la façon des limners, artistes autodidactes américains du 17e siècle. Ils furent les peintres des premiers tableaux de l’histoire états-unienne. Pour la plupart anonymes, ils réalisèrent de nombreux portraits destinés à mettre en valeur la richesse et la prospérité des commanditaires. Ils peignaient à la façon des peintres élisabéthains et hollandais : couleurs vives, fonds obscurs, absence de perspectives.